RS Monitoring - Ottawa Riverkeeper (1)

Alors que la plupart des résidents se terrent lorsqu’une tempête de neige frappe, les bénévoles de Garde-rivière des Outaouais sortent leur parka. Depuis cinq ans, ils partent collecter des échantillons d’eau par mauvais temps, afin de mesurer l’impact du sel de voirie sur les ruisseaux urbains.

« Le sel de voirie est toxique pour les milieux aquatiques », explique Larissa Holman, directrice de Science et politiques de Garde-rivière des Outaouais. En effet, le sel contient du chlorure.

Un excès de chlorure tue le zooplancton, une source alimentaire essentielle pour de nombreux organismes aquatiques tels que les amphibiens, les poissons et les invertébrés. Les grenouilles ont une peau très perméable qui les rend particulièrement sensibles au chlorure. Et même une augmentation modérée de la teneur en chlorure peut nuire au développement d’insectes tels que les libellules.


Des bénévoles de Garde-rivière des Outaouais recueillant des données. Source des images: Ottawa Riverkeeper.

Mais la ville d’Ottawa ne relevait pas les données sur le chlorure pendant les mois d’hiver. C’est pourquoi Garde-rivière des Outaouais est intervenue en lançant une initiative de surveillance communautaire.

Les bénévoles ont recueilli des données dans les 48 heures suivant des « événements déclencheurs » – comme les chutes de neige, les pluies verglaçantes ou les dégels importants – susceptibles de créer des ruissellements salins. Les bénévoles collectent également des données à intervalles réguliers tout au long de l’hiver.

Entre 2020 et 2024, les bénévoles de Garde-rivière des Outaouais ont recueilli 500 échantillons à 45 endroits différents à Ottawa et à Gatineau. Et ce qu’ils ont trouvé brosse un tableau peu reluisant.

Près de la moitié de leurs échantillons présentaient des niveaux de chlorure supérieurs à 640 mg/l, ce qui est suffisant pour causer des dommages immédiats aux organismes d’eau douce. 90 % dépassaient le seuil de 120 mg/l fixé pour la toxicité chronique, qui peut causer des dommages si ces concentrations persistent pendant de longues périodes.

De plus, la surveillance estivale a révélé des niveaux élevés de chlorure bien après la disparition de la glace et de la neige.

Des bénévoles de Garde-rivière des Outaouais recueillant des données. Source des images: Ottawa Riverkeeper.

Remédier aux idées fausses sur le sel de voirie

Mme Holman comprend l’importance de garder les rues, les trottoirs et les voies d’accès libres de glace. Il y a quelques années, elle a glissé et s’est brisé le poignet. « Mais l’utilisation excessive de sel n’est pas la solution », souligne-t-elle.

Une grande partie des 5,5 millions de tonnes de sel de voirie utilisées chaque année au Canada est superflue.

Le sel de voirie abaisse le point de congélation de l’eau pour l’empêcher de se transformer en glace. Cependant, lorsqu’il est appliqué tel quel, il commence à perdre de son efficacité à partir de moins 7 degrés Celsius et cesse complètement d’agir en dessous de moins 10. Il est donc inutile de l’appliquer à des températures plus froides.

Même lorsque les conditions sont réunies, deux cuillères à soupe par mètre carré suffisent, et en rajouter ne donne pas de meilleurs résultats.

Panneau de la ville de Gatineau indiquant une zone sans sel. Source des images: Ottawa Riverkeeper.

Favoriser les solutions à faible teneur en sel

Afin de sensibiliser le public à ce problème, Garde-rivière des Outaouais partage ses conclusions sur DataStream. « Si quelqu’un cherche des données sur le chlorure et sélectionne ce paramètre, nos données apparaîtront », explique Mme Holman. « J’espère que cela contribuera à alimenter des conversations intéressantes ».

Garde-rivière des Outaouais publie également ses protocoles sur son site Web, ce qui permet à d’autres groupes de mettre en place facilement leur propre programme de surveillance du sel. De plus, Mme Holman s’adresse régulièrement aux entrepreneurs en travaux d’hiver, aux conseillers municipaux et aux conseils de copropriété pour leur parler de l’utilisation intelligente du sel.

Ces efforts portent leurs fruits.

L’hiver dernier, la ville de Gatineau a mis en place des zones désignées sans sel à proximité des écosystèmes fragiles. Entre-temps, la ville d’Ottawa est en train de revoir ses pratiques en matière de sel de voirie, à la suite des travaux de Garde-rivière des Outaouais.

« C’est super encourageant », déclare Mme Holman. « Je ne pense pas que nous aurions les mêmes conversations avec les décideurs et les particuliers si nous n’avions pas de données à l’appui. »