À la limite ouest du Canada, d’énormes volumes d’eau de pluie et d’eau de fonte s’écoulent de la terre vers l’océan. Mais il y a dix ans, la plupart des régions ne disposaient que de peu de données sur la composition de ces eaux de ruissellement ou sur leur incidence sur les écosystèmes marins.
Cette lacune a attiré l’attention de l’Institut Hakai, une organisation basée en Colombie-Britannique qui se consacre à l’avancement de la science des marges côtières, là où la terre et la mer se rencontrent. Ainsi, en 2013, des chercheurs ont entrepris de combler les lacunes en matière de données.
Ils ont découvert des contrastes frappants. « La côte de la Colombie-Britannique c’est une histoire d’extrêmes », dit Ian Giesbrecht, un scientifique spécialiste des écosystèmes à l’Institut Hakai.
Explorer les liens entre la terre et la mer en Colombie-Britannique
Dans un premier temps, les chercheurs ont commencé à surveiller les bassins versants des îles Hecate et Calvert, au nord de l’île de Vancouver. Il y tombe d’énormes quantités de pluie, suffisantes pour freiner la croissance des arbres et créer des forêts marécageuses. En filtrant à travers les zones humides et les zones boisées, l’eau de pluie absorbe toutes sortes de matières organiques terrestres.

D’énormes volumes d’eau de pluie et d’eau de fonte s’écoulent des terres vers l’océan, provoquant des phytofloraisons. Source des images : NASA.
En fait, les échantillons mensuels prélevés entre 2013 et 2019 ont révélé l’un des plus hauts niveaux d’exportation de carbone organique dissous au monde, passant de la terre à l’océan et alimentant les réseaux trophiques marins. En revanche, l’eau douce contenait si peu de nutriments inorganiques comme l’azote et le phosphore qu’elle diluait en fait les niveaux dans la mer.
Les enquêteurs de Hakai se sont ensuite intéressés à la côte continentale entre Rivers Inlet et Bute Inlet. Les vastes glaciers que l’on trouve dans ces fjords accidentés alimentent les lacs et les rivières. En conséquence, M. Giesbrecht et son équipe ont découvert un type d’écoulement radicalement différent, avec des concentrations relativement élevées de minéraux arrachés à la roche en place et très peu de matière organique.

L’eau s’écoule des champs de glace vers l’océan. Source de l’image : Institut Hakai.
L’équipe travaille maintenant avec des scientifiques marins pour mieux comprendre les effets de ces apports d’eau douce sur la mer. « Il est vraiment fascinant et amusant de découvrir plus d’information sur ces liens », dit M. Giesbrecht. « J’espère qu’il s’agit d’une tendance croissante afin de lier les deux de manière plus holistique. »
Regrouper les données pour obtenir des connaissances plus approfondies
La collaboration est un élément important du fonctionnement de l’Institut Hakai, explique M. Giesbrecht. Par exemple, chaque jeu de données a nécessité la contribution d’un ensemble de scientifiques, de plusieurs laboratoires d’analyse et d’une équipe très motivée de techniciens qualifiés. Les plans de recherche et les résultats des études ont également fait l’objet de discussions et ont été partagés avec les Premières nations, avec des possibilités d’application en matière d’intendance des bassins versants.
La science ouverte est une autre valeur fondamentale, ce qui a fait du partage des résultats sur la plateforme DataStream un choix tout à fait naturel. « Nous voulons rendre les données accessibles au plus grand nombre de personnes », explique M. Giesbrecht. « C’est pourquoi nous avons été très enthousiastes lorsque DataStream a annoncé le lancement d’une version du Pacifique de l’outil de partage de données. »

Les vastes glaciers autour de Rivers Inlet et Bute Inlet alimentent les lacs et les riviéres. Source de l’image: Ian Giesbrecht/Hakai Institute.
Isabelle Desmarais, technicienne sur le terrain de l’Institut Hakai, s’est attelée à la tâche de télécharger des années de données, et cela s’est avéré beaucoup plus simple qu’elle ne l’avait prévu. DataStream a fourni un modèle détaillé pour s’assurer que toutes les données du site utilisent le même format standardisé. L’organisation à but non lucratif a également été d’un grand soutien.
« Les membres du personnel ont été extrêmement serviables et attentifs à nos besoins », déclare Mme Desmarais. « Ils ont rendu les choses très faciles. »
M. Giesbrecht est heureux de constater que les données rassemblées ont déjà été utilisées dans le rapport 2025 sur les bassins versants de Water Rangers, qui porte sur l’état de l’eau douce au Canada. « C’est un bon exemple du type d’évaluation à grande échelle qu’il est possible de réaliser en rassemblant des données provenant de nombreuses sources différentes », déclare-t-il.
Afficher l’ensemble de donneés: https://doi.org/10.25976/yvt5-dv52.