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Changing the Narrative: Policymaking By and For the North  

En décembre 2016, à la suite de la réunion conjointe des leaders de l’Arctique des États-Unis et du Canada, le gouvernement du Canada a annoncé qu’il remplacerait la Stratégie pour le Nord du Canada : Notre Nord, notre patrimoine, notre avenir, par un nouveau Cadre stratégique pour l’Arctique. Dans une déclaration, le premier ministre Justin Trudeau a dit : « Le Canada s’engage à élaborer conjointement un nouveau cadre stratégique pour l’Arctique, avec les habitants du Nord, les gouvernements territoriaux et provinciaux, ainsi que les Premières nations, les Inuits et les Métis. »

Pour assurer le codéveloppement, le gouvernement a fait appel à Mary Simon, qui a passé sa carrière à promouvoir les droits des Inuits, en tant que représentante spéciale pour le leadership dans l’Arctique. Elle a élaboré un rapport pour le gouvernement intitulé Un nouveau modèle de leadership partagé dans l’Arctique, qui souligne que la politique pour et par les habitants du Nord fait partie intégrante d’un cadre et d’un avenir réussis.

« Je pense qu’il est important à ce stade de nous rappeler la longue histoire des visions, des plans d’action, des stratégies et des initiatives conçus « pour le Nord » et non « avec le Nord » », indique le rapport (Simon, 2017, p. 7). De plus, le rapport de Mme Simon indique que « les réponses se trouveront dans les programmes, les processus et les politiques qui permettent aux leaders de l’Arctique d’élaborer et de soutenir leurs propres solutions communautaires » et que la prochaine génération de jeunes leaders est essentielle à cet égard (Simon, 2017, p. 23).

La prochaine génération de leaders du Nord s’attaque aux grands enjeux

Bien que la plupart des Canadiens n’aient jamais visité le Nord, il s’agit d’une région unique de notre pays et d’un élément vital pour notre avenir. Le Nord occupe les deux tiers de la masse terrestre du Canada et abrite des communautés diverses et riches au point de vue culturel, notamment des personnes Inuits, Métis, des Premières nations et non autochtones. C’est une région dynamique qui évolue rapidement et qui compte le plus grand nombre de revendications territoriales et d’accords d’autonomie gouvernementale conclus, ainsi que des structures de gouvernance distinctes.

Le Nord ayant la population la plus jeune du Canada, les habitants du Nord assument des responsabilités importantes à un âge beaucoup plus jeune. Ce faisant, ils doivent avoir accès à des possibilités d’acquisition de compétences et de connaissances en matière de politique et de gouvernance qui ne sont pas facilement accessibles dans le Nord.

Depuis 2010, la Bourse nordique Jane Glassco de la Gordon Foundation reconnaît le potentiel de leadership parmi les leaders émergents du Nord, âgés de 25 à 35 ans, désireux d’aborder les défis en matière de politiques auxquels le Nord doit faire face. Il s’agit notamment du changement climatique, de la transformation du système de justice pénale, de la revitalisation et de la protection des langues autochtones, de la durabilité des ressources, de la protection de l’eau et de l’amélioration de la santé et de l’éducation. La bourse d’une durée de deux ans, s’articule autour de quatre rencontres régionales et offre aux boursiers des possibilités de formation, de mentorat et de réseautage.

Pour Melaina Sheldon, qui a participé à la bourse de 2015 à 2017, cela a été l’occasion de rencontrer d’autres leaders de la prochaine génération travaillant sur des idées innovantes pour résoudre des problèmes pan-territoriaux. Elle a également pu développer son réseau et contribuer au débat sur les politiques publiques.

« La bourse est importante pour le Nord, car elle correspond à nos valeurs en tant qu’habitants du Nord », déclare Mme Sheldon, qui est née et a grandi au Yukon. « Souvent, dans nos communautés, nous avons tous une opinion, quelque chose à apporter, le point de vue de chacun est valable. En tant que jeunes du Nord, nous voulons rester dans nos maisons, nous voulons élever nos familles dans le Nord, mais en étant élevés ici, nous voyons aussi les différences entre nous et le Sud et comment les choses doivent être adaptées à la vie nordique. »

Melaina Sheldon, qui gère aujourd’hui le programme de bourses pour la Gordon Foundation, estime que les programmes de ce type, qui rassemblent des leaders émergents, sont importants parce qu’ils reconnaissent le leadership et l’expertise des personnes, même si les participants n’ont pas de diplôme universitaire – ce qui est un prérequis dans d’autres programmes de bourses. « Nous valorisons l’expérience pratique que vous avez peut-être acquise en travaillant avec votre Première nation ou en restant au sein des communautés, en siégeant à des conseils d’administration ou à des comités, en étant un activiste et en contribuant », dit-elle. « Nous faisons également tomber les barrières politiques. Quand on entend le mot politique, on peut penser que c’est pour les politiciens, pour les gouvernements, et non pour le membre moyen de la communauté ».

Grâce à l’apprentissage autonome, au travail de groupe et au partage collectif des connaissances, les boursiers acquièrent une compréhension approfondie des problèmes contemporains du Nord et développent les compétences et la confiance nécessaires pour formuler et partager leurs idées et leurs recherches sur les politiques. Les boursiers élaborent individuellement et en groupe des documents de politiques, qui explorent les enjeux critiques auxquels le Nord est confronté, et ils présentent des solutions concrètes.

Dans le cadre de sa bourse, Mme Sheldon a rédigé un document sur le maintien de l’ordre dans le Nord et a élaboré un nouveau modèle pour rapprocher la GRC et les jeunes des Premières nations. Ce modèle intégrait des techniques de théâtre dans une séance de formation de deux jours et a reçu l’appui du Northern Institute of Social Justice, du département des initiatives des Premières nations du Yukon College et de la GRC.

« L’objectif ultime était de réduire le nombre de jeunes dans le système judiciaire », dit-elle. « Les agents de la GRC sont généralement le premier point de contact et l’interaction n’est généralement pas positive. Les jeunes qui entrent dans le système de justice sont entraînés dans une spirale descendante une fois qu’ils ont été étiquetés. J’essayais aussi de briser les stéréotypes et les traumatismes historiques que nous entretenons en tant qu’autochtones dans nos relations avec la GRC. Nous arrivons avec des idées préconçues sur les autres ».
Il ne s’agissait pas d’une recommandation de politique ordinaire, dit Mme Sheldon, mais grâce aux relations qu’elle a établies en tant que boursière et à l’accès qu’elle a obtenu auprès des organisations du Nord, cela a été possible. C’est ce que fait la bourse, elle ouvre ces portes et dit : « Votre député(e) est une personne ordinaire, prête à écouter, qui est à la recherche de nouvelles idées ».

De nombreuses recommandations de politiques formulées par les boursiers ont été, et continuent d’être, utilisées dans tout le Nord. Les boursiers créent également des liens durables. « Le réseau pan-territorial est unique, inestimable et nécessaire », affirme Mme Sheldon.

Beaucoup d’anciens boursiers occupent maintenant des postes de leadership ou des rôles importants au sein des gouvernements territoriaux ou autochtones et continuent de travailler à l’élaboration de politiques novatrices. « Ensemble, nous allons avoir un Nord fort, mais aussi un Canada plus fort », dit Mme Sheldon.

Le Programmathon sur les politiques nordiques

En mai à Inuvik, Territoires du Nord-Ouest, le PDG de la Première nation Yellowknives Dene, Jason Snaggs, a participé à un programmathon sur les politiques nordiques qui portait sur le logement dans le Nord. Leprogrammathon a abordé des questions telles que le financement, l’accès à la propriété, la science du bâtiment et l’amélioration des communautés. Des équipes de six ou sept personnes ont travaillé ensemble pour élaborer des politiques visant à résoudre ces problèmes urgents. M. Snaggs n’avait jamais entendu parler d’un programmathon auparavant et dit qu’il y est allé sans aucune attente, mais qu’il a été agréablement surpris. « C’était une excellente expérience », dit-il.

Depuis 2017, l’événement d’une durée de deux à trois jours, convoqué par la Gordon Foundation, réunit des habitants du Nord des trois territoires et de Inuit Nunangat pour élaborer des recommandations politiques fédérales tangibles et réalisables, conçues dans le Nord, sur des questions importantes pour leurs communautés.

M. Snaggs a déclaré que, trop souvent, les gouvernements élaborent et mettent en œuvre des politiques du haut vers le bas. C’est pourquoi le modèle du programmathon est efficace pour faire entendre de nouvelles voix : il permet de trouver des solutions communautaires à des problèmes de manière pratique.

« Ensemble, en équipe, à l’aide d’un tableau-papier, nous avons commencé par faire un remue-méninges sur des idées générales – qu’avons-nous appris de nos communautés respectives? Quels étaient les obstacles au logement? Comment comprenions-nous l’état actuel du logement », explique-t-il. « Nous avons ensuite déterminé à quoi ressemblerait l’état futur par rapport à tous les problèmes, puis nous avons commencé à travailler sur la manière de procéder – en élaborant des recommandations avec des détails précis, celles qui pourraient être réalisables pour que le gouvernement fédéral les prennent en considération. »

Des initiatives comme le programmathon aident à combler des lacunes importantes dans le Nord, où il existe peu d’occasions pour les habitants du Nord ayant des connaissances diverses de se réunir, d’échanger des idées et des leçons apprises, et d’avoir l’espace nécessaire pour élaborer des solutions pour le Nord dans une perspective pan-nordique. Les participants sont généralement des représentants des gouvernements territoriaux, régionaux, locaux, fédéraux et autochtones, des membres de la communauté, des aînés, des institutions nordiques, des entreprises et des organismes sans but lucratif. Une telle interaction d’un groupe diversifié favorise une conversation riche et significative et établit des liens pan-nordiques pour des collaborations futures. En outre, le programmathon offre aux habitants du Nord un espace pour améliorer leurs compétences en matière d’élaboration de politiques, ce qui permet de renforcer et de maintenir la capacité d’élaboration de politiques partout dans le Nord.

Les recommandations du programmathon sont partagées avec les départements et ministères du gouvernement fédéral et les comités du Sénat. Bien que le changement de politique se fasse lentement, plusieurs parties prenantes ont remarqué les recommandations du premier et du deuxième programmathon. Par exemple, Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAFG) est en train de créer la première politique alimentaire nationale du Canada. Dans son document « Ce que nous avons entendu », il est fait référence au premier programmathon, qui portait sur l’alimentation traditionnelle.

De plus, le Conseil national de développement économique des Autochtones a récemment publié un rapport intitulé Rapport des recommandations sur les systèmes alimentaires durables dans le Nord, qui contient deux recommandations directement issues du premier programmathon. De plus, le Northern Food Network, co-animé par l’Arctic Institute on Community-Based Research et le Réseau pour une alimentation durable, a tenu un webinaire qui faisait également référence aux recommandations du premier programmathon.

L’Agence canadienne de développement économique du Nord est en train d’élaborer une stratégie de croissance pan-territoriale. Leur document « Ce que nous avons entendu » reprend bon nombre des grands thèmes du deuxième programmathon, qui portait sur la croissance des petites et moyennes entreprises.

Il existe également des possibilités de croissance du modèle de programmathon sur les politiques nordiques, car les parties prenantes du Nord et internationales, ainsi que les institutions universitaires, ont exprimé leur intérêt à l’utiliser.

« Il est vraiment excitant de pouvoir partager des idées pendant deux jours, mais aussi d’être maintenant en contact avec ces différentes personnes », dit Kristeen McTavish, coordinatrice de la sécurité alimentaire du gouvernement du Nunatsiavut. « Le fait d’entendre des gens de différentes régions, ce qu’ils réussissent à faire mais aussi quels sont les défis, et comment nous pouvons les surmonter. »

Pour M. Snaggs, ce que le modèle de programmathon apporte de mieux c’est de rassembler les gens. « Vous vous rendez compte que vous n’êtes pas seul sur une île, que vous ne menez pas une bataille tout seul ». Cela permet aux gens de se rassembler et de travailler ensemble pour réaliser de grandes choses », dit-il. « Si nous appliquions cela à tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés au sein de nos communautés, ou du gouvernement, je pense que nous pourrions progresser davantage pour répondre aux besoins des citoyens, non seulement dans le Nord, mais dans tout le Canada. »

Autres moyens de s’assurer que les politiques pour le Nord sont élaborées par le Nord

Au cours du processus de consultation pour le nouveau cadre stratégique pour l’Arctique, la Gordon Foundation a convoqué des groupes de leaders autochtones émergents, appelés Our Voices, Dene Nahjo et Qanak, afin de fournir des commentaires sur les domaines prioritaires et de s’assurer que le cadre et ses politiques reflètent les réalités du Nord.

Le rapport qui en résulte, We Are One Mind (Dene Nahjo, Our Voices, et Qanak, 2018) comprend 25 recommandations concrètes pour protéger les générations futures et assurer la santé des terres et des économies. Les recommandations présentées au gouvernement comprennent, sans s’y limiter, les éléments suivants :

  • Établir un groupe de travail ministériel chargé d’examiner la législation fédérale relative à la prestation de services dans les communautés du Nord et son impact, et supprimer les obstacles législatifs qui empêchent les habitants du Nord d’accéder aux programmes fédéraux ou qui imposent des codes et des règlements inappropriés aux populations et aux communautés du Nord;
    Encourager les gouvernements et les peuples autochtones du Nord à clarifier la façon dont ils consultent leurs propres populations, et s’engager à mettre à jour les cadres de consultation des gouvernements fédéral et territoriaux pour combler les lacunes et les redondances afin de mieux garantir le consentement libre, préalable et éclairé;
  • Augmenter les aides spécifiques aux étudiants du Nord pour qu’ils poursuivent des études postsecondaires, en particulier pour les étudiants à temps partiel et ceux qui ont des enfants à charge, dans le cadre des engagements nationaux dans ce domaine;
  • Augmenter le nombre de personnes autochtones nommées au Sénat, créer des sièges au Sénat désignés pour la représentation des autochtones, et augmenter le nombre de circonscriptions fédérales dans le Nord;
  • Modifier la Loi sur les langues officielles afin d’y inclure explicitement les langues autochtones et de fournir un financement adéquat en parallèle avec les autres langues officielles, ainsi que l’accès aux services fédéraux dans les langues officielles; et
  • Aborder les investissements fédéraux dans la santé, les services sociaux et l’éducation sur une base pluriannuelle et supprimer les restrictions inutiles qui empêchent l’adaptation des programmes aux circonstances nordiques, ainsi que l’élaboration conjointe de procédures d’évaluation conformes à ces circonstances.

Avec la publication prochaine du cadre, on s’attend à ce que plusieurs idées énumérées dans le rapport soient utilisées.

Ce ne sont là que quelques exemples de la façon dont les habitants du Nord se sont rassemblés pour changer le discours et encourager l’élaboration de politiques par et pour le Nord. Comme l’indique à juste titre le rapport We Are One Mind, « il y a beaucoup de travail à faire », car bâtir un Nord vigoureux n’est pas seulement le rôle du gouvernement fédéral : « Ensemble, nous pouvons bâtir une nouvelle et meilleure structure, établie dans le Nord par le Nord » (Dene Nahjo, Our Voices, et Qanak, 2018, p.20).

Références

Dene Nahjo, Our Voices, et Qanak (2018) We Are One Mind disponible à http://gf.ydsinc.ca/resource/we-are-one-mind/ (Accès : Le 30 avril 2019).
Gouvernement du Canada (2016) États-Unis – Déclaration commune des dirigeants du Canada et des États-Unis sur l’Arctique disponible à https://pm.gc.ca/fr/nouvelles/declarations/2016/12/20/declaration-commune-des-dirigeants-du-canada-et-des-etats-unis (Accès : Le 30 avril 2019).
Mary Simon (2017) Un nouveau modèle de leadership partagé dans l’Arctique disponible à : http://publications.gc.ca/collections/collection_2017/aanc-inac/R74-38-2017-eng.pdf (Accès : Le 26 avril 2019).

Cet article a été publié à l’origine par The Philanthropist le 5 août 2019.